Les infinies facettes du mot hébraïque

alef-thpar Zeev Lévy

n°46 Déc 2013

n°46
Déc 2013



Toute langue vivante est tout d’abord un outil oral ou écrit permettant à des personnes qui la parlent de communiquer.

Sans doute, toute langue présente des caractéristiques qui lui sont propres, qui sont particuliers et hautement intéressants.

Cependant, s’il y a une langue qui est parlée depuis l’origine de la civilisation jusqu’à nos jours, c’est bien l’Hébreu, qui se distingue non seulement par son aspect historique, mais davantage par sa richesse sémantique inépuisable.

L’adjectif inépuisable n’est pas choisi par hasard car cette langue ne cesse de nous intriguer, de nous étonner de nous fasciner : en quelque sorte elle nous dépasse.

Les lettres et leurs formes, et les mots constitués par ces lettres sont des âmes vivantes, d’une vivacité et d’une énergie qui nous font découvrir à chaque époque, des sens nouveaux, donnant lieu à de nouvelles interprétations et de nouvelles approches.

Un mot en hébreu qui désigne un objet, un concept, comme tout autre mot dans n’importe quelle autre langue, englobe en lui, en plus, une dimension qui va bien au-delà de sa fonction communicative.

Le mot hébraïque incarne une diversité des dimensions sémantiques pouvant être groupées selon moi en 7 facettes:

I. le contenu sémantique autonome
II. La relation antonymique
III. La polysémie
IV. La valeur numérique
V. La permutation
VI. La forme graphique de la lettre
VII. La lettre étant une entité en soi

Chacune de ces facettes est un monde à part, une littérature en soi. Voilà pourquoi nous allons brièvement expliciter chacune de ses facettes par des exemples qui n’en sont qu’une infime illustration.
I. Le contenu sémantique autonome.

Le mot en hébreu, tout en désignant un objet ou une idée, contient en lui-même, un sens qui lui est indépendamment propre.

Prenons par exemple le mot אדמה « Adama », en hébreu qui se dit en français « terre » ou en anglais « earth ».

Ces mots ont peut-être une origine latine ou autre mais sont le fruit d’une démarche conventionnelle : le mot « terre » en lui-même n’a pas d’autre sens que l’objet qu’il désigne.

Par contre en hébreu « Adama » qui désigne « Terre » signifie par lui-même « Adam-ma » ce qui signifie : « qu’est-ce que l’homme ? »

On ne peut se défaire, en disant ce mot, de l’idée que l’homme est lié étroitement à la Terre, le lieu d’où on vient et vers où, on retourne.
La langue hébraïque est une langue consonantique, une suite de consonnes (lettres) sans être accompagnée par des voyelles (le système des voyelles a été établi à une époque bien tardive).
Le fait qu’il n’y ait pas de voyelles à l’origine, permet à un seul mot d’avoir une diversité de lectures, et par conséquent une diversité de sens.

II. Relation Antonymique

Le même mot en hébreu peut transmettre 2 sens complètement opposés et contradictoires, d’où une présence d’une relation dialectique entre les 2 entités.

Par exemple le mot « keless » signifie à la fois « louange » et « mépris ».

III. La polysémie

Un seul mot, en hébreu, donne lieu à une multiplication de sens très différents, mais qui, tout en étant distingués, sont liés ensemble par un fil conducteur, par un sens commun pour aboutir à une conception et à un enseignement.
Prenons le mot D.V.R ( ד.ב.ר) qui peut se lire en hébreu :

Davar : chose / objet / parole / sujet
Dibour : parole
Dover : porte-parole
Dabar : chef / dirigeant
Diber : parole / discours / exterminer / anéantir
Dever : peste
Tout d’abord, ce que ce mot veut nous enseigner, est que Davar ( parole) est l’origine de tout.

C’est la force créatrice de Davar (parole) qui donne vie et existence à toute chose.

Sans Davar (parole), le Davar (objet) n’existerait pas, car c’est le Davar (ou Dibour) qui nomme la chose, d’où l’idée fondatrice de la création, que par la parole (Dibour), Dieu a créé le monde.
Mais les autres sens de ce même mot comme « porte-parole », « dirigeant », « anéantir », « peste », par quoi sont-ils liés ? :

Le lien est incontestablement étroit et magique car, lorsque la parole (Davar ou Dibour) est utilisée par des dirigeants, des chefs (Dabar), et par des prédicateurs (Dover), quelque soit leur couleur politique, religieuse ou médiatique, pour attiser la haine, animosité, le mensonge et pour susciter la violence et intensifier l’endoctrinement, elle nous entraîne dans le monde du chaos et de l’obscurantisme. Le Davar devient un outil dévastateur (Diber) semant le meurtre et la désolation : c’est le monde de Dever (la peste).

IV. L’énergie sémantique : la valeur numérique.

Chaque lettre en hébreu porte un chiffre.

L’assemblage des lettres donne à un mot une valeur numérique, qui renvoie à un autre mot ou un autre concept de même valeur numérique.

Par exemple le mot « langue » (langage) en hébreu « lachone » לשנ, a la valeur numérique de 380, (ל ( 30) , ש(300) , נ (50, qui renvoie précisément aux dimensions de l’arche de Noé : 300 coudées ( longueur), 50 coudées (largeur) et 30 coudées (hauteur).

L’arche en hébreu se dit Téva, ce mot signifie également « un mot ». Quand Dieu dit à Noé (Genèse 6. 14) : « fais-toi un Téva », il lui dit précisément « fais toi un nouveau langage » : « lachone », car l’époque de Noé est marquée par la distorsion de la langue, les mots sont utilisés pour faire régner l’abomination (Hamass) et l’absence de tout respect, de toute humanité.

La parole n’existe plus dans son sens de force créatrice.

Là où la parole est absente, la violence reprend le dessus.

V. La permutation

Les lettres, en hébreu, au sein d’un seul mot sont des êtres vivants qui bougent et qui se déplacent.

Lorsqu’elles se déplacent, elles contribuent à donner au mot, une force sémantique considérable, car en changeant de place, nous obtenons un nouveau sens, qui explicite le premier sens du mot.
Prenons par exemple le mot « Ani » אני(je) : lorsque la lettre Yod se déplace au milieu, le mot obtenu est אין « ein » qui signifie « il n’y a pas » : le néant, le vide.

On peut, à première vue, déduire que le « ani » signifie « le rien » par rapport à Dieu et face à notre univers. Par conséquent, l’homme doit prendre conscience que son ego dont il cultive et attache une importance parfois démesurée, n’est qu’un « néant » et qu’une certaine humilité s’impose.
Mais le « ein » (néant), renvoie à une interprétation encore plus prometteuse : Le « ani » qui porte en lui le « néant » (ein) implique que le « je » a devant lui un champ illimité des opportunités, car le « néant » apprend à « Je » qu’il n’est nullement une entité définie, déterminée et enfermée, le « ani » (je) a le pouvoir de se découvrir et d’être toujours à la recherche des nouvelles idées, des nouvelles expériences et construire sa propre identité.

VI. Le graphisme

Chaque forme graphique de chaque lettre est le fruit d’une œuvre artistique en soi, mais cette forme dégage une énergie, elle nous parle.

Si nous prenons la première lettre hébraïque : le « Aleph » : א

Cette lettre est la lettre la plus mystérieuse et la plus extraordinaire :

Les deux bras de cette lettre résument l’existence humaine : un bras se dirige vers bas ( le monde d’en bas, le monde physique, avec sa richesse matérielle), l’autre bras se dirige vers le haut, ( le ciel le domaine du spirituel, de l’inspiration et de l’aspiration), et l’axe, la ligne qui les sépare, marque notre existence attirée par le bas (le matériel), et par le haut (l’idéal, le spirituel).

À nous de faire notre choix et trouver le juste milieu.

VII. l’entité sémantique de chaque lettre

Le « Aleph » est la seule consonne qui ne se prononce pas. Il faut lui attribuer des voyelles pour pouvoir l’articuler. Ce silence est chargé de sens et d’enseignement.

Le « Aleph » symbolise par excellence l’humilité et la plus grande sagesse et pourtant ce n’est pas elle qui a été choisie par Dieu comme première lettre par laquelle Dieu a procédé à la création du monde (à ce sujet le Zohar nous fait une démonstration époustouflante de la grandeur de cette lettre).

Le « Aleph » א contient un nombre impressionnant de sens, citons-en quelques-uns :
– Le commencement,

– le nombre un, le premier chiffre, le début de tout calcul,

– il signifie « excellence », « champion », « le meilleur »

– il signifie aussi : « entraîner », « enseigner », non pas dans le sens du « Lamèd » (12ème lettre hébraïque) mais dans le sens de « répéter », « d’exercer » pour que l’homme devienne cet « Aleph » (champion) tout en gardant une part de silence, de sagesse et surtout d’humilité. ♦ZL

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Une réflexion sur “Les infinies facettes du mot hébraïque

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