Journée de la Déportation : Discours de M. Samuel Sandler

2014-04-27 10.05.53 SITEDiscours de M. Samuel Sandler lors de la journée de la Déportation, le 27 Avril 2014

M. Le Préfet des Yvelines,
Madame la Ministre,
M. Le consul du Maroc,
M. L’adjoint au maire de Versailles,
M. Le maire du Chesnay,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les hauts magistrats,
Mesdames et messieurs les représentants des autorités civiles, militaires et religieuses,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Les évènements dont nous allons rappeler le souvenir, ne sont pas éloignés dans le temps ni dans l’espace. Les années 40 ce sont celles de nos frères et sœurs aînés, celles de nos parents. Quant à l’horreur de la Shoah, ce ne fut pas uniquement dans la lointaine Pologne. Avant de périr là-bas, dans les camps de la mort, les 80 000 juifs de France qui ont été déportés, comme ceux qui ont eu la chance d’échapper à ce sort, souvent grâce à l’aide des résistants et des « justes » français, ont subi les persécutions et les mesures anti-juives du gouvernement de Vichy, les interdictions professionnelles, les arrestations, les rafles et cela s’est passé aussi dans notre région … à Versailles, dans des lieux qui nous sont aujourd’hui encore et toujours familiers.

Dès 1940, a lieu le 1er recensement des israélites et des entreprises juives de Versailles. Au moment de l’occupation de Versailles, 30 boutiques tenues par des juifs sont recensées, et les affiches en français et en allemand, sont apposées par l’autorité sur les vitrines.

« Entrées interdites à toute personne allemande civile, ou appartenant à l’armée ».

ce fut, par la suite, l’application de la loi du 2 juin 1941, du gouvernement de Vichy, ordonnant aux juifs de se faire recenser, sous peine de sanctions sévères.

Puis vinrent les arrestations ainsi que le souligne le rapport de l’autorité de Seine et Oise adressé au secrétariat général de la police, dirigé par René Bousquet, 61 rue Monceau à Paris. Opérations contre les juifs, le 12 et 13 septembre 1942.

Dans le rapport, précis et concis comme il se doit, on peut lire :

« Toutefois, le 12 septembre à St Rémy les Chevreuse (terminus de la ligne de Sceaux aujourd’hui appelée RER B, et à Versailles (gare Rive Droite) après consultation des Services de sûreté et de sécurité de Maison Laffitte, le contrôle a été assuré par la police. 17 juifs furent arrêtés ce jour-là en gare de St Rémy, et 4 en gare de Versailles Rive Droite. »

Persécutée comme partout en France, la Communauté juive de Versailles n’échappe pas à la haine des occupants et des collaborateurs. De nombreux juifs vont être déportés. A commencer par le Rabbin Elie Cyper, rabbin de Versailles de 1932 à 1939, arrêté à Périgueux le Samedi 8 avril 1944, Jour de Pâques, à midi. Malgré les démarches effectuées par l’évêque et le Préfet, il ne fut pas relâché.

La plaque de marbre dans le vestibule de notre Synagogue, recense plus de 40 Versaillais morts en déportation.

Les enfants ne sont pas épargnés comme ceux de la Famille Benhamou (16 ans, 13 ans et 8 ans) qui demeuraient, 3 impasse Nungesser et coli.

Louveciennes, petite ville résidentielle, à la lisière de la forêt de Marly, ancienne villégiature d’hôtes célèbres, « habiter Louveciennes, c’est cultiver un certain art de vivre » comme le décrit un guide touristique bien connu.

Louveciennes… 22 juillet 1944… les alliés ont débarqués depuis plus d’un mois, les armées de libération progressent vers l’Ile de France. Sur ordre d’Aloïs Bruner, 41 enfants hébergés par l’UGIF (Union Générale des Israélites de France), au 18 rue de la Paix à Louveciennes sont arrêtés, conduit d’abord à Drancy. Ils furent pour la plupart déportés le 31juillet 1944 à Auschwitz par le convoi No 77 comprenant 34 enfants et 9 moniteurs de Louveciennes. Il n’y eu que 3 survivants, 3 fillettes..

N’y avait-il donc point dans notre chère région de lueur d’espoir pour nous permettre de croire avec l’humanité. Le monde, nous rapporte le Talmud, ne peut exister sans les Justes, 36 selon l’un des Rabbins du Talmud, 18 000 propose un autre Rabbin. Quant à Pascal, il estime ce nombre à 9000.

Parmi eux, cités dans « et Versailles fut libérée » on trouve M. Morlan, les époux Barbiers (imprimeurs), le marbrier Didier.

Mais aussi la famille Enjalbert, marchand de charbon, rue Rameau, Monsieur Denis, alors Maire adjoint de Versailles. Comment pourrait-on oublier Mère Annette et Sœur Marguerite du couvent des Sœurs Servantes du Sacré Cœur, sis avenue de Paris à Versailles.

Déportés 2014-04-27 09.53.19 SITE« Souviens-toi » la Bible en appelle 169 fois à la Mémoire. C’est que les Sages, la tenait pour le seul antidote contre le mal…

Le devoir de Mémoire est fragile et aujourd’hui à travers le souvenir de nos Martyrs, c’est au devoir de vigilance que nous appelle notre Cérémonie.

Comment pourrai-je en ces instants passer sous silence l’arrestation au Havre en février 1943 de ma grand-mère Pauline, de mon cousin Jeannot âgé de 8 ans, de ses parents Mina et André, André, ancien officier de l’armée Française durant la guerre 14 -18 , tous les 4 arrêtés au Havre en Févier 43, conduits à Drancy, déportés en direction de Maidanek , le train n’est jamais arrivé à destination, ils ont été gazés en cours de route. Parce qu’ils étaient de religion juive.

Comment pourrai-je en ces instants passer sous silence l’année 2012, qui a vu à Toulouse, mon fils Jonathan, mes petits fils Arié, 6 ans, Gabriel, 3 ans et leur petite cousine Myriam, 8 ans, être abattus en pleine rue parce qu’ils étaient de religion juive.

Dans l’épilogue de sa pièce : « la résistible ascension d’Arturo Ui », Berthold Brecht écrit : «  Vous apprenez à voir plutôt que de rester les yeux ronds …Le ventre est encore fécond, d’où surgit la bête immonde ».

Aujourd’hui, en Avril 2014, force est de constater, non seulement le ventre est encore fécond, mais il a été fécondé à nouveau, ainsi que le déplore le Président de La République : « l’antisémitisme, celui-là même que nous avions pensé disparu depuis la seconde guerre mondiale, cet antisémitisme a ressurgi

En effet il a ressurgi dans les salles de spectacles, comme dans les rues de Paris lors de la manifestation du 26 Janvier dernier.

Pourtant Jean Christophe Ruffin, notait il y a seulement 10 ans, dans son rapport adressé au ministre de l’intérieur : « Alors que le combat contre l’antisémitisme classique a été en grande partie couronné de succès, la menace réapparait sous une forme nouvelle, l’antisémitisme par procuration, à savoir l’antisionisme radical ».

En ce 26 janvier dans Paris, le masque de l’antisémitisme par procuration est tombé :

«  Juif casse toi, la France n’est pas à toi ».

Cet apprentissage de la haine de l’autre, précise Christine Lazerges de la commission Nationale Consultative des droits de l’homme, s’est étalée en 2013 dans les médias au travers une curieuse « libération de la parole ». Et elle poursuit en évoquant ce «  racisme décomplexé, » selon sa formule -l’idéologie antisémite et xénophobe qui trouve, sous ce nom la possibilité de s’exprimer. Curieuse terminologie, observe-t-elle, le terme libération porte une connotation positive, la marque d’un progrès. Toutefois cette liberté d’expression peut conduire à certaines dérives, y compris les plus nauséabondes.

Mots injurieux, apprentissage de la haine de l’autre, vont pouvoir s’étaler sur Internet sous la protection de l’anonymat, se propager sur les réseaux sociaux. Sans oublier le rôle des médias toujours à l’affut de la petite phrase qui fera le buzz.

Après cette analyse, Christine Lazerges nous donne cependant l’espoir : « Face à cette odieuse libération de la parole, il faut que des voix s’élèvent avec force, elles se sont élevées. »

Permettez-moi de témoigner, et de rappeler à ce sujet les propos du Président de la République : « l’antisémitisme ce n’est pas l’affaire de la communauté juive, c’est l’affaire de tous les français. »

Certes en ce printemps 2014, il y a des raisons objectives pour être inquiet, cependant dans notre département, les Yvelines que nous aimons tant, les actes ignobles, quels qu’ils soient sont rares. Nous le devons au soutien, à l’aide et au travail incessant et sans faille des Services de l’Etat et de la Justice de notre région et nous leur exprimons notre profonde gratitude.

Si l’histoire est la connaissance du passé, pour éclairer le présent, le devoir de mémoire impose avant tout vigilance et détermination.

Connaissance du passé, connaissance de l’autre, c’est ce que nous tachons de faire ensemble à Versailles, jour après jour, chrétiens, musulmans et juifs

Samuel Sandler

Samuel Sandler

à travers les différentes associations interreligieuses d’amitié et de paix.

La Cérémonie du Souvenir, c’est aussi rappeler les actes des Justes de France, qui nous donnent à tous des raisons d’espérer en l’homme et à ses valeurs universelles. Samuel Sandler

Publicités

Une réflexion sur “Journée de la Déportation : Discours de M. Samuel Sandler

  1. Chaque année je suis reconnaissant au président M. Samuel Sandler, pour la qualité de ses discours, à l’équipe organisatrice pour le déroulement impeccable de cette cérémonie, et ému en écoutant la voix si prenante de l’officiant.
    Reconnaissant ainsi, de pouvoir amener à cette occasion des représentants d’associations non juives et de leurs donner cette image de notre synagogue de Versailles.

    J'aime

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s