1944 : Fuir Louveciennes !

Louveciennes

Foyer UGIF Louveciennes (78)

Par Martine Brust-Szwarcbart

Je me trouvais dans le foyer de l’UGIF (Union Générale des Israélites de France) à Louveciennes (Yvelines), avec quarante et un autres enfants. Ce centre était surveillé par des soldats nazis. Je les vois encore au fond du jardin, avec les chiens loups. Je ne sais pas depuis combien de temps j’étais là (je suis née le 1er Mai 1938, j’avais six ans).

Le Directeur s’appelait M. Louis, et était également juif. Il avait des consignes très sévères car l’établissement était gardé par les Allemands.

Dans le jardin du côté gauche, il y avait une petite entrée de service, électrifiée, et nous ne devions sortir sous aucun prétexte.

n°48 Juin 2014

n°48
Juin 2014

Partout où j’étais placée, avant d’arriver à Louveciennes, mon frère André « me surveillait de loin ».

Comme il était dans la Résistance, il avait appris que les enfants de cet établissement allaient être bientôt déportés. Il a donc préparé son coup avec un copain qui avait aussi des frères au même endroit.

Le jour J, le copain a eu un empêchement, et il n’a pas pu l’accompagner. André est arrivé seul, et a demandé à parler au directeur pour avoir l’autorisation de me voir.

Dans un premier temps, le directeur a refusé, de peur des représailles des nazis. André a été très persuasif, et il a convaincu M. Louis de me laisser sortir dans le jardin pour que nous puissions passer un moment ensemble.

En fait, André avait tout prévu. Nous nous sommes donc dirigés vers cette fameuse petite porte, en faisant très attention que M. Louis ne nous voie pas de son bureau. Et moi, je pleurais, je criais « non, on n’a pas le droit, c’est défendu… »…

Dans cette maison, les enfants étaient tous conditionnés. Il a fallu qu’André me donne une claque pour me faire taire, et puis faire très vite. Il a coupé le fil électrique, et nous nous somme enfuis. Des années après, André m’a raconté que nous nous sommes cachés dans un cinéma Je ne me souvenais ni du cinéma, ni de la claque.

Ensuite, nous avons pris un train pour Lyon. André m’a cachée dans le porte bagage en filet, comme dans ce temps là, et par-dessus un vêtement pour me camoufler. Ça, je m’en souviens.

Il m’a raconté, longtemps après, que les Allemands étaient en effervescence, et nous recherchaient fiévreusement.

Nous avons eu beaucoup de chance. André m’a déposée à Lyon chez notre tante Marie et sa famille, qui m’a gardée quelque temps. Mais comme c’était trop dangereux, elle a réussi à me faire placer à la campagne, chez des paysans près de Lyon, grâce à la famille Cros qui connaissant ce coin.

Mais ça, c’est une autre histoire…

Martine BrustTous les enfants du centre ont été déportés le 22 Juillet 1944 à Auschwitz. Seule, leur jeune monitrice[1] est revenue. MBSB♦

[1] La « jeune » monitrice s’appelle Denise Holstein, et a écrit un petit livre très émouvant intitulé : « Je ne vous oublierai jamais, mes enfants d’Auschwitz » Notes de lecture.

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