Le billet d’Eva Naccache : « Un étron aux Gobelins »

Les Gobelins au siècle des lumièresPar Eva Naccache

Les tapisseries (pas le papier peint !) sont un art de château depuis le Moyen Age. Les murs sombres et humides étaient isolés et décorés de ces « mobiliers », de valeur importante. Leur existence est consignée dans les dons, les inventaires de successions et les contrats de mariage.

Sully, ministre d’Henri IV crée la manufacture des Gobelins, rattachée à la couronne par Colbert. A la Fête Dieu, Louis.XIV et sa cour allaient admirer les nouvelles productions. Le Roi les offrait comme cadeaux diplomatiques.

Lorsque Marie Thérèse d’Autriche fit son entrée à Paris, il y eut une pétition des riverains de la grande rue François Miron. Ils étaient gênés par les tentures installées le long du passage du cortège et qui obscurcissaient leurs appartements.

Pour le voyage du tsar Pierre le grand, on déploya d’immenses tentures manipulées par des roues. Ébloui, il passa de nombreuses commandes !

La Manufacture a toujours servi le prestige international de notre pays. Quand le trésor royal raréfie les commandes parce qu’il est vide, on commercialise à l’étranger les charmantes et coquines tentures dites « de Boucher ».

Les Gobelins au siècle des lumières 2Cet « art décoratif » est un art à part entière : les panneaux peuvent demander jusqu’à cinq ans de travail. Les « Séries » comportent plusieurs tableaux –jusqu’à vingt-cinq parfois- de la Dame à la licorne au classicisme solennel du siècle des lumières qui s’inspire de l’ancien testament ; sans oublier le style rocaille cher à Louis XV. Les verdures, bouquets, végétaux exotiques, guirlandes, rubans…. les sujets sont infinis. On tisse actuellement des motifs sur des cartons contemporains car tapis et tapisseries sont un art vivant !

**Retrouvez les billets d’Eva Naccache**

En contrepoint à la brillante exposition actuelle -jusqu’au 27 juillet-carte blanche a été donnée au duo Pierre et Gilles « pour faire dialoguer l’exposition avec l’art contemporain »ce qui nous permet de bénéficier d’une photographie d’une célèbre call-girl habillée en Marie Antoinette, entourée de dentelles dans un costume Kitch. Dans un salon venu du mobilier national, des rats empaillés bousculent des fauteuils, pas loin d’un étron humain STYLISÉ ; cela symbolise « la Révolution qui gronde ».

Le syndicat de la manufacture a critiqué le choix de consacrer trente cinq mille euros à cette installation alors que le budget est amputé de douze pour cent et que dix-sept postes de métiers d’art sont supprimés.

Eva NaccacheJe croyais que notre époque vivait une grande mutation de l’art. La Renaissance est passée de la fresque à l’usage de l’’huile, du sujet religieux à l’inspiration profane, je n’ai jamais imaginé un art… merdique, même stylisé ! EN♦

Un âge d’or de la Manufacture royale (jusqu’au 27 Juillet 2014)

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