« J’ai rencontré un héros ! »

Hello Dolly BannerPar Eric Bouhnik

J’ai rencontré un héros, un héros que je connais depuis ma plus tendre enfance, un héros que j’ai toujours vu, là, à la synagogue, mais dont j’ignorais totalement le passé et les actes héroïques.

Exit Bruce Willis, ce héros ne ressemble pas à celui du film. Il est modeste, discret, vous savez cette discrétion, cette réserve, cette tsniout[1], cette anava[2] qu’ont les vrais hommes et femmes nés en Tunisie.

Ce héros, vous l’avez sans doute croisé vous aussi. Ce héros, c’est André Bramly, marié avec Dolly (ils forment un couple extraordinaire, complémentaire, il n’y a pas d’André sans Dolly, ni de Dolly sans André), parents de notre amie Corinne Adda.

Notre entrevue a duré plus de deux heures tellement tout ce qu’ils racontaient était extraordinaire, oui, extra – ordinaire, cela mériterait un livre, un film…Les mots qui reviennent souvent chez lui sont :

« Je n’ai fait que mon devoir »
« C’était normal, cela nous semblait évident, nous ne pensions pas au danger, il fallait faire le travail, nous ne pensions à rien d’autre. Ce n’était pas difficile ».

*** Retrouvez les articles d’Eric Bouhnik ***

Je vais essayer de vous faire un petit résumé de ce qui lui parait « facile, et normal ».

Engagé volontaire
André était à l’époque Tunisien. Il entend parler de la Division Leclerc qui est passé en Tunisie, et décide de la rejoindre. Pour ce faire, il partira tout seul, il marchera, et il fera du stop, jusqu’au Maroc.

André Bramly s’est engagé volontaire en 1943 en Tunisie à la 2ème Division Française Libre, il a été muté au 3ème Régiment d’Artillerie Coloniale lors de la formation de la 2ème Division Blindée à Témara (Maroc) en octobre 1943.

Du Maroc, il partira avec la division Leclerc, rejoindre l’Angleterre. Il n’y avait qu’un seul bateau, et la flotte allemande faisait le blocus. Ils devront donc faiUtah_beach_boardre un grand détour et rester longtemps en mer, puis passer par le haut de l’Angleterre pour arriver au Pays de Galle à Swansea. La mer qui était houleuse, les rendirent tous malades, chacun dans son coin, sans soin.

Arrivée à Swansea, les Américains les logèrent, les habillèrent, les nourrirent, les chaussèrent…

Ils reçurent une instruction militaire succincte par leurs instructeurs (américains), et un juron prononcé en italien lui vaudra l’affection d’un instructeur américain d’origine italienne qui le formera (en italien) aux maniements des chars Sherman. André s’est pourtant toujours débrouillé seul, sans demander de l’aide aux instructeurs pour ne pas les gêner, les déranger.

Utah Beach
Le but de la division Leclerc, était de débarquer en France. Ils le firent à partir de Southampton. André baptise son char du doux nom de « l’Épurateur ».

Ils débarquent à Utah Beach. Ils durent se débrouiller pour avancer. Il y eut beaucoup de confusion, peu d’ordres précis. Ils devaient avancer…Son camarade de char, M. Bokobsa (un Soussien) a eu le crâne fracturé par un éclat, et André lui a maintenu celui-ci avec ses mains jusqu’à l’arrivée des secours, ce qui sauvera la vie de celui-ci qui lui en sera toujours reconnaissant.

L’histoire est remplie de petites histoires merveilleuses, magiques presque. Par exemple en Normandie, une femme les fit entrer chez elle, dissimula leur char dans une grange, jusqu’à la fin du passage d’une compagnie allemande, qui aurait pu les décimer.

De Normandie, ils ont filé sur Paris, ils ont libéré Paris. André y est rentré avec son char, juste derrière la voiture du Général Leclerc. Dès Paris libéré, Leclerc et ses hommes n’avaient qu’un seul désir, repartir, continuer au plus vite jusqu’à Strasbourg. Ils avaient en tête le « serment de Koufra » prononcé en mars 1941 par Leclerc, à savoir, ne pas déposer les armes jusqu’à ce que le drapeau français flotte sur Strasbourg, dont la cathédrale avec ses flèches, symbolisait le but ultime, la fin de la libération de la France, la victoire !

Pourtant ils devront progresser kilomètre par kilomètre, les troupes allemandes s’étant regroupées à l’est de la France. Il y eut beaucoup de combat, de morts, de pertes…en Lorraine, dans les Vosges…

Croix de Guerre 1939-45La route de Dabo…
A l’approche de Strasbourg, André eut l’idée géniale de faire passer les troupes non pas par le chemin « classique » où les attendaient l’ennemi mais par une autre route, la route de Dabo. Ce choix fut audacieux car la route présentait d’innombrables difficultés pour les chars, mais cela à totalement surpris l’état major allemand.

André continuera jusqu’en Allemagne, jusqu’à Berchtesgarden, (situé à 30 km au sud de Salzbourg) où était situé le Berghof, le nid d’aigle d’Hitler.

André a conservé, ce que l’on a appelé, « L’esprit Leclerc » dont Jean Cocteau dira « Cette équipe qui ne voit que d’un œil et ne bat que d’un cœur ».

Il avait voulu continuer avec Leclerc le combat en Indochine, mais sa mère fera tout pour le faire revenir en Tunisie. Là, démobilisé, et étant devenu Français, il rencontre Dolly, venue voir ce jeune héros…

…puis celle de Versailles
Ils resteront en Tunisie où André, suite aux événements d’Afrique du Nord sera de nouveau mobilisé, dans la Gendarmerie, cette fois. Ils quitteront Sfax en 1956, venant s’installer à Versailles, ville qui leur a plu de par son passé, son château, son parc, ses espaces verts, et ils s’insérèrent très facilement dans le quartier Saint-Louis Ils furent très bien accueillis, aussi bien par la communauté juive de Versailles renaissante, les familles Gribe, Luxembourg, que par les grandes familles versaillaises, et l’abbé Gaston Roussel, maître de Chapelle à la cathédrale Saint Louis, directeur des chœurs, organiste remarquable, qui les taquinait en voulant les convertir et auquel ils répondaient, malicieusement, « pourquoi pas le contraire ? ».

André Bramly est titulaire de la Croix de Guerre 1939-1945, Médaille Militaire et Chevalier de la Légion d’Honneur (par le Président Chirac en 2004, avec Pascal Guarino, chauffeur du Général Leclerc) et de médailles d’honneur de différentes villes.

D’autres juifs d’Afrique du Nord, ont également suivi le chemin d’André : mon oncle par exemple, René Sitbon (z’l) engagé volontaire, est mort à Pierrefitte-sur-Seine le 27 août 1945, en libérant cette ville qui a fait en 2008 Marwan Barghouti, son citoyen d’honneur… EB♦

Eric Bouhnik[1] Hébreu : modestie
[2] Hébreu : humilité

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2 réflexions sur “« J’ai rencontré un héros ! »

  1. Pingback: « Un héros vient de nous quitter ! » | h@keshet

  2. André et Dolly Michèle et Corinne une famille que j ai beaucoup fréquentée en arrivant à Versailles Michèle et Corinne aimaient beaucoup venir à la maison pour voir mes filles, elles aimaient les bébés et pour moi cette famille était un exemple

    Aimé par 1 personne

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