Les scientifiques juifs de la fin du XXe siècle (1/2)

cerveauPar Martine Ménart

 Compte-tenu du nombre important de scientifiques juifs du XX eme siècle, seront évoqués ici les principaux mathématiciens et physiciens dans deux articles distincts.

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Szolem Mandelbrojt

Szolem Mandelbrojt (prononcer Cholem Mandelbroillte) (1899-1983)
Né à Varsovie, mort à Paris, membre fondateur du groupe Bourbaki. En 1947, il invite Norbert Wiener à un congrès. C’est là que sera créé le mot de cybernétique. A la fin des années 50, il déclara attendre d’avoir 72 ans pour se présenter à l’Académie des sciences, car c’était l’âge moyen des académiciens. En fait, il y fut élu en 1972, donc à 73 ans.

Son neveu Benoît Mandelbrot (il a donc francisé son nom) (1927-2010) est né également à Varsovie. Il s’est rendu célèbre pour avoir inventé la théorie des fractales, courbes ou surfaces de forme irrégulière ou morcelée

Wigner

Eugène Wigner

Eugène Wigner (1902-1995)
Né à Budapest, il obtient le prix Nobel en 1963 pour ses travaux sur la nature du proton et du neutron. Il fit ses études à Berlin, mais devint citoyen américain. Il fut l’un des cinq scientifiques à informer en 1939 le président Roosevelt de l’utilisation militaire possible de l’énergie atomique.

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John von Neumann

John von Neumann (1903-1957)
Né à Budapest. Enfant prodige, puis l’un des derniers esprits universels. A six ans, il converse avec son père en grec ancien, et fait mentalement la division d’un nombre à huit chiffres. A huit ans, il a lu les 44 volumes de l’Histoire universelle de la bibliothèque familiale, et les a entièrement mémorisés.

Il ne faisait aucune allusion à son origine juive, sinon pour son répertoire de blagues.

Un de ses cousins, qui se vit demander d’où venait la particule nobiliaire von, a répondu avec un fort accent : « En Hongrie, tout s’achète. »

Il a touché à des domaines très différents, abstraits ou concrets, chaque fois en les faisant progresser de manière spectaculaire. De 1933 à 1937, il rejoint Albert Einstein et Kurt Gödel (juif d’origine polonaise) à l’université de Princeton. Il apporte une contribution fondamentale à l’axiomatisation de la théorie des ensembles. Il laisse aussi son nom attaché aux séries de matrices. En 1937, il obtint la nationalité américaine et devient conseiller de l’US Navy. L’une de ses découvertes tient à ce que des bombes de larges dimensions ont des effets plus dévastateurs en hauteur plutôt qu’au sol. Il a déterminé la hauteur précise pour maximiser l’étendue des dommages causés. L’apport de von Neumann est essentiel dans la conception des bombes A et H.

Après la guerre, Robert Oppenheimer fit remarquer que les physiciens avaient connu le péché en développant la bombe atomique. Von Neumann lui répliqua : Parfois, on confesse un péché pour s’en attribuer le crédit.

Le développement des bombes A et H nécessite un nombre très important de calculs. C’est surtout dans ce domaine que l’apport de von Neumann sera essentiel ?

Il participe à la conception des premiers ordinateurs, dont la vitesse de calcul est une ressource fondamentale de la guerre moderne.

Von Neumann a professé un anticommunisme viscéral. On pense qu’il a beaucoup influencé le stéréotype hollywoodien du savant fou le Dr Folamour (film réalisé par le Juif Stanley Kubrick).

Il est mort à 54 ans d’un cancer au cerveau dû à l’exposition aux radiations lors de tests d’explosions atomiques.

« Si les gens ne croient pas que les mathématiques sont simples, c’est uniquement parce qu’ils ne réalisent pas à quel point la vie est compliqués. »

Andre weil

André Weil

André Weil (1906-1998)
Né à Paris, mort à Princeton, l’une des grandes figures du xxe siècle. Connu pour ses travaux fondamentaux en théorie des nombres et en géométrie algébrique. L’un des membres fondateurs du groupe Bourbaki, frère de la philosophe Simone Weil.

Reçu à 16 ans (en culottes courtes, dit-on) à l’Ecole normale supérieure, il parlait le grec ancien.

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Michel Loève

Michel Loève (1907-1979)
Né à Jaffa, mort à Berkeley. Mathématicien et probabiliste franco-américain de langue française.

En raison de ses origines, il est arrêté et interné au camp de Drancy. Survivant à l’Holocauste, il devient chargé de recherche à l’Institut Henri-Poincaré.

Les derniers noms cités sont ceux de savants français, dont vous avez parfois entendu parler dans les journaux.

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Laurent Schwartz

Laurent Schwartz (1915-2002)
L’un des grands mathématiciens français, le premier à obtenir la médaille Fields (en 1950). Issu d’une famille juive alsacienne, son grand-père est le rabbin Simon Debré, son oncle maternel est le docteur Robert Debré, fondateur de l’Unicef et père de Michel Debré. Il est ainsi cousin germain de l’ancien Premier ministre et de son frère, le peintre Olivier Debré. Rappelons que Michel est le père de deux autres hommes politiques, Bernard et Jean-Pierre.

Son grand-oncle lui transmettra sa passion pour l’entomologie. Sa collection de papillons, léguée à divers musées, comporte vingt mille espèces, dont certaines portent son nom.

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, reçu deuxième à l’agrégation, professeur d’analyse à l’Ecole polytechnique, successeur de Paul Lévy. Intellectuel engagé, il a suivi le mouvement trotskiste. Anticolonialiste et internationaliste, ce qui lui a valu des ennuis alors qu’il enseignait dans une école militaire.

Il a participé au groupe Bourbaki. Fondateur de la théorie des distributions.

Nicolas Bourbaki (1935-1968)

Ce mathématicien n’a jamais existé. Le nom de Bourbaki était celui du général Charles Bourbaki, sous lequel avaient servi des normaliens pendant la guerre de 1870. Il a été utilisé en 1923 par un normalien de troisième année. Celui-ci avait pris l’apparence d’un mathématicien barbu, le professeur Holmgren, pour faire un canular. Rappelons que le canular est une spécialité de l’Ecole normale supérieure. Il a donné une conférence bidon, volontairement incompréhensible et avec des raisonnements subtilement faux. L’objectif était la démonstration d’un prétendu théorème de Bourbaki. Cette histoire amusa tellement ses camarades que le nom Bourbaki a été choisi douze ans plus tard par un groupe de mathématiciens français, dont la moitié étaient juifs : le fondateur était André Weil, et parmi ses membres on compte Szolem Mandelbrojt, Laurent Schwartz et Alexandre Grothendick, dont nous parlons à leur place chronologiquebourbaki

Devant l’insuffisance des ouvrages alors proposés, ils décident d’une entreprise colossale : remettre à plat les mathématiques et récrire tout ce qui est utile. Commence la publication de plus de quarante volumes, sous le nom d’Éléments de mathématique (au singulier). Les textes sont écrits dans un langage difficilement lisible pour les étudiants, et même par les professeurs. Ils ont profondément – et même beaucoup trop – influencé l’enseignement des mathématiques en France, jusque dans l’enseignement primaire.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Gestapo a posé à l’éditeur de Nicolas Bourbaki, le prenant pMartine Ménartour un homme, la question suivante : Bourbaki était-il juif ? En fait, il l’était à moitié, mais comme il n’existait pas, il n’a pu être arrêté.

à suivre la semaine prochaine, les derniers scientifiques MM♦

 

 

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