Les scientifiques juifs de la fin du XXe siècle (2/2)

cerveauPar Martine Ménart

 Voici donc la fin de la série sur les scientifiques…liste probablement incomplète et des biographies qui mériteraient d’être plus étayées !

Georges CharpakGeorges Charpak (1924-2010)
Physicien né en Pologne, prix Nobel en 1992, mort à Paris.

En 1926, ses parents l’emmènent en Palestine, mais, les conditions de vie étant trop difficiles, ils reviennent deux ans plus tard en Pologne. A cinq ans, il parle quatre langues : yiddish, arabe, russe et polonais. Envoyé à l’école publique, le petit garçon juif se souviendra longtemps du signe de croix qu’il devait faire devant la Vierge Marie. A huit ans, il rejoint la France et découvre avec délectation l’école de la IIIe République. Premier de sa classe en mathématiques. A quatorze ans, alors qu’il est en quatrième, il se rend seul au lycée Saint-Louis pour passer un examen, qui le conduit directement en première. En 1941, il obtient à la fois un bac scientifique et le bac philo. Il entre en classe préparatoire et refuse de porter l’étoile jaune. Averti d’une prochaine arrestation, il fuit à Montpellier, où il rejoint la Résistance. Il présente les concours de Polytechnique et des Mines, avant d’être condamné par les tribunaux de Vichy à deux ans de prison. En 1944, il est déporté à Dachau. Libéré en 1945, il apprend qu’il a été reçu aux Mines. Sa mère insiste pour qu’il recommence afin de décrocher Polytechnique, mais son envie de présenter les concours est limitée. C’est désormais la physique qui remplit sa vie. Après l’école des Mines, il entre comme stagiaire au CNRS. Léon Lederman (futur prix Nobel) le prend dans sa nouvelle équipe au CERN. Ainsi, Charpak quitte la France pour Genève.

A partir des années 1970, il envisage les applications des détecteurs à la médecine et à la biologie. Le système Charpak permet de réduire jusqu’à cent fois la dose d’exposition du patient aux rayons X tout en augmentant la quantité d’informations contenues dans l’image.

Charpak n’est pas seulement un grand physicien. Il milite pour l’énergie nucléaire. Il est surtout connu du grand public pour ses combats pour la réforme de l’enseignement des sciences à l’école. Il préconise un enseignement par l’expérience où l’élève ne reste pas passif. Il lutte aussi contre toutes les formes d’intolérance. Dans cet esprit, il souhaite vivement que Juifs et Arabes, après un siècle de conflit, puissent enfin vivre en paix et construire ensemble un monde meilleur.

Alexandre-GrothendieckAlexandre Grothendick (1928-2014)
Né à Berlin, il a passé la plus grande partie de sa vie en France. Refondateur de la géométrie algébrique, il est lauréat de la médaille Fields en 1966. L’un des plus grands mathématiciens du xxe siècle. Il est connu pour son intuition extraordinaire et sa capacité de travail phénoménale.

Ses parents sont déportés à Auschwitz, où son père meurt en1942. De 1942 à 1944, il est caché au Chambon-sur-Lignon, au collège Cévenol, où étaient cachés de nombreux Juifs (dont moi-même). Il obtient son baccalauréat à la fin de la guerre.

De 1950 à 1953, il est attaché de recherche au CNRS. Il rejoint le groupe Bourbaki. Sa vie a été traversée par trois passions : les femmes, les mathématiques et la méditation. Depuis les années 1970, il s’est éloigné du milieu scientifique. EN 1990, il s’installe dans les Pyrénées où il mène une vie quasi d’ermite. On ne sait plus rien de lui, on ignore même s’il est encore vivant.

Claude_Cohen-TannoudjiClaude Cohen-Tannoudji (1933-)
Physicien français né à Constantine, médaille d’or du CNRS en 1996, prix Nobel en 1997.

« Ma famille a fui l’Inquisition au XVIe siècle. Originaire de Tanger, elle s’est installée en Tunisie, puis en Algérie. Mon nom signifie simplement Cohen de Tanger. »

Il quitte l’Algérie en 1953, avant le déclenchement de la guerre avec le FLN. Il est reçu à l’École normale supérieure, cette célèbre école vieille depuis plus deux siècles qui a fourni à la France une bonne partie de son élite, notamment scientifique. Il obtient son doctorat en 1962. Professeur au Collège de France de 1973 à 2004, en physique atomique et moléculaire.

Pendant ses études, il suit à Saclay les cours d’Albert Messiah en mécanique quantique.

Son frère Gilles, né en 1938, polytechnicien, est également physicien ; son nom reste attaché à des livres et des interviews.

Claude est un pédagogue-né. Ses élèves disaient que, quand on l’écoute, on a l’impression de tout comprendre à la mécanique quantique. Il a formé des dizaines de chercheurs français et étrangers, en dirigeant leurs thèses.

C’est également un grand humaniste, au sens noble du terme. « La science contribue à dissiper l’obscurantisme ; elle constitue un rempart contre l’intolérance et le fanatisme. » C’est un savant engagé : le combat pour la justice fait partie intégrante de sa vie.

Cependant, à l’obtention de son prix Nobel, il a déclaré qu’il n’en profiterait pas pour militer.

C’est un homme timide et réservé, modeste comme le sont souvent les grandes personnalités.

Adrien DouadyAdrien Douady (1935-2006)
Mathématicien français né à La Tronche, s’est noyé près de Saint-Raphaël en voulant impressionner ses étudiants.

Reçu premier de sa promotion à l’ENS en 1954. L’un des grands mathématiciens du XXe siècle. Petit-fils de normalien, fils du fondateur du sanatorium des étudiants, père de deux normaliens, dont Raphaël, également premier de sa promotion. Blagueur, voire provocateur. Il portait une barbe de clochard et voyageait pieds nus, en faisant croire que c’était l’usage en France. Il a réussi à placer dans un livre : (i, pi, pi, pourra). Sa blague préférée était : « C’est l’histoire d’une vache dans un pré qui trouve un gant et qui dit : Tiens, un soutien-gorge. » Sa thèse commence par : « Soit X un espace analytique complexe. Le but de ce travail est de munir son auteur du grade de docteur ès sciences mathématiques…

Professeur à Nice puis à Orsay, à l’ENS, à Polytechnique, à Princeton, Berkeley, Harvard.

 Serge HarocheSerge Haroche (1944-)
Physicien français né à Casablanca, prix Nobel en 2012. Séfarade par son père, ashkénaze par sa mère, enseignante d’origine russe.

Son nom est en fait Ben Harroche, ce qui signifie âpre en arabe et chef, au sens de tête, en hébreu.

En 1963, il est reçu premier à Polytechnique et dans les premiers à l’École normale supérieure. En 1967, il obtient l’agrégation de physique et un doctorat de spécialité.Martine Ménart

Il a été professeur à Harvard en 1981, à mi-temps à Yale de 1984 à 1993 : professeur à l’ENS de 1994 à 2000. Le 1er septembre 2012, il est élu administrateur du Collège de France. MM♦

 

 

 

Publicités

Une réflexion sur “Les scientifiques juifs de la fin du XXe siècle (2/2)

  1. Certes, tous les scientifiques de cette série bien venue étaient ou sont encore remarquables, Nobels, Fields, et surtout d’excellents maîtres qui ont formé la relève permanente pour que tout ceci continue… C’est d’eux que l’on parle dans les media comme dans les chaumières, avec considération quand c’est en public, mais parfois tout autrement en privé. Dans les années soixante mon épouse travaillait en recherche fondamentale en chimie organique dans un grand organisme rèputé où elle a surpris cet échange entre trois de ses collègues lors de l’annonce du dernier prix Nobel de chimie : « ils » raflent tout… On ne peut que paraphraser les israéliens : « ma lassot ? ».

    J'aime

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s