« Janusz Korczak » visé par l’antisémitisme en 2016

Janusz KorczakPar Ada Shlaen*

L’attaque
Il y a quelques semaines dans l’hebdomadaire russe, Outchitelskaïa gazeta (Le journal des enseignants) un certain Mikhaïl Izotov, présenté comme un enseignant expérimenté et respecté, s’était livré à une attaque en règle contre Janusz Korczak, l’accusant d’être un lâche, car il n’a pas incité les enfants de l’orphelinat qu’il dirigeait à se révolter, lorsque les Allemands commencèrent la grande rafle en été 1942.

Je me permets de traduire le passage incriminé :

Il n’a pas dit pas aux enfants, déportés le 6 août 1942 vers le camp de la mort : « Mes chers enfants, on va nous conduire tous à la mort, venez, nous allons essayer de nous échapper, dans le pire de cas, nous mourrons en hommes libres». Il ne s’était pas attaqué le premier aux gardes pour sauver ses enfants ! D’autant plus, que d’après les témoignages des présents, les gardes n’étaient pas bien nombreux, et certains étaient même compatissants. Je suis sûr, que certains enfants auraient pu s’échapper et survivre. Non, il prit ses pupilles confiants par la main et les conduisit directement dans la chambre à gaz. Cela veut dire qu’il fournit de l’aide aux bourreaux dans leur horrible et inhumaine tâche. Oui, il mourut avec les enfants, mais il ne combattit pas pour eux. Un vrai pédagogue se serait battu pour ses enfants.

Évidemment, une âpre discussion s’en est suivie, surtout sur les réseaux sociaux, moins dans la presse, à la radio ou à la télévision. Soyons justes, la plupart des participants ont été scandalisés par un tel raisonnement. Mais il y avait aussi des avis assez comparables à celui d’Izotov, en tout cas qui disaient comprendre, sinon partager sa position.

Cette polémique témoigne probablement de la méconnaissance totale de la vie et de la personnalité de Korczak dans la société russe et démontre que l’antisémitisme est prêt à y renaître à la première occasion.

Mais même pour nous, il serait peut-être intéressant de poser la question : que savons-nous de Janusz Korczak ? Nous voyons surtout les images de sa dernière marche avec les enfants vers l’Umschlagplatz. Or, il avait en ce moment-là toute une vie derrière lui, peut-être pas très longue, mais très riche.

Korczak Journal-du-ghettoDans son « Journal du ghetto » le 21 juillet 1942, juste deux semaines avant sa mort, Korczak nota « Demain je vais avoir 63 ou 64 ans ». Et effectivement Korczak ne connaissait pas l’année exacte de sa naissance. C’était en 1878 ou 1879, mais son père, un avocat très connu à Varsovie, (à l’époque sous administration russe) n’était pas pressé d’inscrire son fils dans le registre de l’État Civil. Bien plus tard, il déclara l’année 1878, mais le doute persiste. Par contre la date du 22 juillet semble sûre. Le petit garçon, déclaré à « l’État Civil des confessions non-catholiques » hérita du prénom de son grand-père, qui s’appelait Hersh Goldszmit et qui était médecin. Cette profession sera donc reprise par le petit-fils. Mais dans la vie courante, le prénom « Hersh » fut remplacé par celui de « Henryk », plus facile à porter dans la ville polonaise, d’autant plus que la famille était polonisée et laïque, sans jamais renier sa judéité.

Genèse d’un écrivain
L’enfance de Korczak aurait pu être qualifiée de « dorée », pourtant il ne semblait pas en avoir gardé un bon souvenir. La famille était très aisée, avec tous les attributs de cette situation : bonne, cuisinière, nurse et gouvernante française. Mais parallèlement, une atmosphère froide et triste, des relations distantes entre les parents, manque d’amour, surtout de la part de son père. Inscrit à sept ans dans une école primaire, le petit garçon se retrouva confronté à une discipline de fer et des châtiments corporels. Avec le temps une telle école devint un symbole de la violence des adultes face aux enfants. Très tôt il fuit cette réalité grâce aux livres et rêve déjà de devenir un écrivain.

L’enfance et l’adolescence de Korczak deviennent de plus en plus dures à cause de la grave maladie psychique du père qui finit par être interné dans un asile. Il meurt en 1896 en laissant la famille totalement ruinée. L’adolescent commence alors à travailler pour aider sa mère et sa sœur cadette. Il donne des cours particuliers et écrit des articles, des feuilletons pour des journaux de la capitale. Il utilise des pseudonymes, très vite il adopte définitivement celui de « Janusz Korczak », emprunté au titre d’un roman de Jozef Ignacy Kraszewski, un écrivain très populaire à l’époque.

Korczak la-gloire« La littérature c’est des mots, tandis que la médecine c’est l’action »
En 1898 il entra à la faculté de médecine malgré la barrière du numerus clausus, dressée devant les Juifs. Il n’abandonna pas l’écriture pour autant. Le jeune auteur passa peu à peu à des formes littéraires plus longues, en publiant en 1901 le roman feuilleton « Les enfants de la rue » et en 1904 son deuxième roman « L’enfant du salon ». Celui-ci fut favorablement accueilli par les lecteurs et les critiques. Il écrivait beaucoup. Entre 1898 et 1905 il publia au total 480 articles, tout en poursuivant ses études de médecine. Nous pouvons donc constater que depuis son jeune âge il menait de front ces deux activités : médecine et littérature. Dans « La confession du papillon » il écrit : « La littérature c’est des mots, tandis que la médecine c’est l’action ». Dans son cas on peut dire qu’il savait transformer les mots en action.

Diplômé en 1905, il fut immédiatement mobilisé comme médecin militaire dans l’armée russe qui s’était lancée dans la guerre désastreuse contre le Japon. Ainsi Korczak put être témoin de la défaite russe. Il eut l’occasion de traverser tout l’Empire pour rejoindre la Mandchourie où l’hôpital militaire était aménagé dans des wagons. À l’aller comme au retour, il put observer le pays en ébullition, plongé dans le chaos.

Korczak revint à Varsovie seulement en 1906 lorsque le mouvement révolutionnaire fut brisé et le premier ministre Pierre Stolypine s’attela aux réformes, certes courageuses, mais bien trop tardives. Nous avons là une image inhabituelle de Korczak en militaire, or il faut savoir qu’il participera à trois guerres ; il sera mobilisé en 1914 dans l’armée russe, ensuite en 1920 il servira dans la toute nouvelle armée polonaise, opposée à l’Armée rouge. Pour Korczak ce sera la dernière participation active dans un conflit militaire. En septembre 1939 il est trop âgé pour être mobilisé et pourtant il portait un uniforme militaire dans Varsovie assiégée, par solidarité et patriotisme.

KorczakLe médecin pédagogue précurseur du Droit des enfants
La période entre 1906-1914 sera essentielle pour lui. Tout d’abord à son retour du front, il commença une activité régulière dans un hôpital pour enfants pauvres de Varsovie et il ouvrit un cabinet privé. Très vite il devint un médecin très recherché, les parents de ses petits patients appréciaient son dévouement, son professionnalisme. Il faisait payer des honoraires très élevés aux patients riches pour pouvoir soigner gratuitement les enfants pauvres. Mais la médecine ne semble pas le satisfaire entièrement, il se voit de plus en plus comme éducateur et pédagogue. Il part donc en voyage d’étude à Berlin et en Suisse pour étudier l’approche de Pestalozzi, fondateur au XVIIème siècle de la pédagogie moderne. De ces voyages il va rapporter des articles et des essais. Par exemple « L’école de la vie », publié dans deux revues polonaises, sera sa première réelle contribution à la pédagogie. Il devient ainsi un précurseur de la Convention internationale des droits de l’enfant car, dès 1899, il écrivait : « Les enfants ne deviennent pas des hommes, mais le sont déjà ». Et en 1928 il publie « Le droit de l’enfant au respect », texte fondateur des principes reconnus en 1989 par la Convention des Nations-Unies des droits de l’enfant.

Pour appliquer ces fondements, il voulait construire un lieu de vie pour des enfants, surtout des orphelins qui semblaient être rejetés par la société. Dans le modèle de vie préconisé par Korczak, les enfants et les adultes sont égaux, leurs relations devant reposer sur une sorte de contrat, sur des lois et des droits qui engagent les uns et les autres. La communauté des enfants doit avoir des institutions propres : le parlement et le tribunal. Surtout il n’y avait plus de place pour une double morale où certaines choses étaient autorisées pour les adultes et interdites pour les enfants. La vie dans cette communauté était basée sur la tolérance, la volonté de compréhension et d’entente.

« Korczakianum »…
Il est bien possible qu’à l’époque, il ait pris la décision de ne pas fonder sa propre famille, d’autant plus que la maladie de son père faisait craindre une lourde hérédité. Il commença alors sa collaboration régulière avec des orphelinats de Varsovie, surtout avec une institution qui se trouvait rue Franciszkańska. Là en 1909 il rencontre Stefania Wilczynska qui dirigeait cet orphelinat. Il apprécie rapidement ses talents d’organisatrice et de gestionnaire. Elle était, comme lui, insatisfaite par des structures existantes et avait compris le souhait de Korczak de fonder une institution où il pourrait appliquer ses principes pédagogiques. Il s’adressa alors à des institutions juives pour l’aider à réunir les fonds nécessaires à la construction d’un orphelinat. Son appel fut entendu et le 14 juin 1911 l’établissement fut mis en chantier. Il faut dire que ce bâtiment existe encore aujourd’hui sous le nom de « Korczakianum » et y abrite une filiale du Musée historique de la ville de Varsovie, dédiée aux études pédagogiques. Avant l’inauguration il repartit pour un voyage d’études en France et en Angleterre pour visiter des orphelinats et rencontrer des pédagogues.

*** Lire les articles d’Ada Schlaen ***

Enfin le 7 octobre 1912, le bâtiment de la Maison des Orphelins (Dom Sierot), au 92 rue Krochmalna, fut achevé. Pour Janusz Korczak et Stefania Wilczynska commença alors la période de trente ans, où ils pourront mettre en pratique leurs vues théoriques. Ce fut l’un des plus beaux orphelinats d’Europe, avec un projet pédagogique d’avant-garde. Au début, quatre-vingt-cinq enfants y vivaient, plus tard ce chiffre doublera. L’établissement était mixte. Il accueillait les orphelins juifs (à l’époque en Pologne il était inconcevable d’éduquer ensemble les enfants juifs et polonais !) Janusz Korczak abandonna alors son poste à l’hôpital et ferma son cabinet pour diriger avec Stefania Wilczynska cet établissement, fondée sur la confiance, l’autonomie, le respect des différences et des droits de chacun.

Janus Korczak et Stefania Wilczynska

Korczak et Wilczynska

Ils ne touchaient aucun salaire, on leur garantissait un logement de fonction et la nourriture. Par ailleurs Korczak continua de publier ses écrits. Il publia à cette époque La Gloire et Une semaine de malheur de l’écolier Stasio. La présence de Stefania Wilczynska va d’ailleurs permettre la pérennité de l’orphelinat, lorsque Korczak sera mobilisé pendant les conflits militaires. Il restera dans l’armée russe près de quatre ans, revenant en 1918 dans la Pologne indépendante, après plus de 120 ans d’occupation suite aux trois partages. Pendant la période de la guerre il avait écrit son ouvrage peut être le plus important Comment aimer un enfant.

… puis « Notre maison »
Après la guerre russo-polonaise de 1920, il retrouva enfin l’orphelinat de la rue Krochmalna et devint même le co-directeur d’une seconde institution, inaugurée le 15 novembre 1919, pour des enfants polonais. Appelé « Notre maison » (Nasz Dom), il était dirigé par Maryna Falska, qu’il avait connue à Kiev en 1915 où il travaillait dans un hôpital militaire. Elle s’occupait déjà d’enfants abandonnés et Korczak était impressionné par son travail.

Ce fut pour Korczak et les équipes éducatives la période la plus heureuse. Les deux établissements marchaient bien. En 1927 « Notre maison » déménagea dans un nouveau bâtiment, bien plus grand et confortable. L’autogestion pédagogique régit leur fonctionnement, les deux maisons ont leur Parlement, leur tribunal d’arbitrage et leurs journaux d’enfants : on peut parler de « Républiques des enfants ».Korczak n’abandonne pas sa plume et, en 1921, il écrit le roman Le roi Mathias 1er, suivi en 1923 du Roi Mathias sur une île déserte. Il crée ainsi son personnage clé, son fils spirituel. En 1925 paraît un livre important : Quand je redeviendrai petit, avec deux préfaces différentes, une pour les enfants et une autre pour les adultes.

Petite Revue

Petite Revue

Parallèlement il enseigne à l’institut de pédagogie et à l’Université. Il était médecin-expert auprès du Tribunal pour les jeunes délinquants. Voulant toujours donner aux enfants un endroit pour s’exprimer, il crée en 1926 le journal national d’enfants et d’adolescents la Petite revue (Maly przeglad). Au Comité de rédaction il y avait un seul adulte, tout d’abord Korczak lui-même, remplacé plus tard par Igor Newerly[1], un éducateur de la maison. Le tirage de 150 000 ferait des envieux aujourd’hui ! Le journal avait plus de 2000 jeunes correspondants qui tous percevaient une rémunération.

Nasz Dom

« Notre maison’

La tentation de Palestine
Durant les années vingt dans la Maison des Orphelins, il y avait plusieurs jeunes éducateurs qui partirent pour la Palestine. Ils écrivaient très régulièrement à Korczak et à Stefania Wilczynska, les invitaient à venir, voire à s’établir dans leur kibboutz Ein Harod. Korczak répondait à toutes ces lettres mais n’arrivait pas à se décider pour le voyage. En 1934 il part pour quelques semaines, en 1936 il rend à ses amis une seconde visite, pendant laquelle il songea sérieusement à s’installer en Palestine. Lors de son premier séjour il n’avait pratiquement pas quitté le kibboutz, mais en 1936 lors d’un séjour plus long, il consacra du temps aux visites « touristiques ». Il se rendit à Tel Aviv, à Jérusalem, vit d’autres kibboutzim. Il se rendit compte de la vie dure des pionniers, remarqua déjà des conflits avec la population arabe. Il fut très tenté de rester, mais à l’époque la situation financière de la Maison des Orphelins devenait précaire et il craignait que sans lui, sa survie soit impossible. Les mêmes craintes devaient animer Stefania Wilczynska qui revint de Palestine en mai 1939, après un séjour de près d’un an, estimant que les enfants à Varsovie avaient besoin d’elle.

À son retour Korczak créa à la radio une émission hebdomadaire pour les enfants, intitulée « Les causeries de Vieux Docteur ». Malheureusement à l’époque on n’enregistrait pas ces émissions et nous ne pouvons pas entendre aujourd’hui sa voix, il nous reste les textes qui furent publiés plus tard.

Puis vint l’antisémitisme
Dans les années trente les sentiments antisémites grandissaient fortement en Pologne et Korczak le ressentait directement : ses émissions et ses interventions au Tribunal lui furent retirées. Il devint la cible de la presse de droite qui écrivait que «le Vieux Docteur et le grand Korczak, le prétendu Polonais, sont Henryk Goldszmit le Juif, à qui on continue cependant de confier l’éducation des enfants polonais ». Lui, le patriote polonais se sentant rejeté dans son pays, s’approche encore plus du monde juif. Il entreprend alors une série de conférences dans les cercles juifs pour relater ses voyages et décrire ses impressions. Il renoua même avec les thèmes juifs dans Moïse, Benjamin de la Bible. Et même si au même moment plusieurs personnalités officielles déclarèrent leur dégoût de ces persécutions et si le bannissement de Korczak du studio fut très court, il devait se sentir très abattu. Le 4 novembre 1937 il reçut même le Laurier d’or, la plus haute distinction de l’Académie polonaise de littérature. À l’époque il est l’auteur de plusieurs ouvrages traduits en vingt-sept langues et plébiscités par les parents, les éducateurs et les enfants du monde entier. Très lucide, il voyait que la guerre était imminente, mais il se refusait à abandonner son pays et les enfants, en si grand danger.

Korczak La maison des orphelins Krochmalnej 92

Maison des Orphelins

Le 1er septembre 1939 l’armée allemande attaque la Pologne. Varsovie fut assiégée, bombardée de jour et de nuit. Janusz Korczak assura les émissions à la radio pour soutenir le moral des habitants et il revêtit son uniforme d’officier polonais qu’il portera même après l’entrée des Allemands dans la ville malgré les risques encourus.

Varsovie tomba le 28 septembre 1939, le pays fut entièrement occupé. Les persécutions de Juifs commencèrent immédiatement et durant l’année 1940 les ghettos furent formés sur tout le territoire. À Varsovie, où la population juive était très nombreuse, (près de 40% de la population totale) le ghetto fut créé en octobre 1940 dans le quartier où les Juifs étaient implantés en majorité depuis des siècles. Néanmoins 80 000 habitants non-juifs devaient quitter ce secteur et 138 000 Juifs des autres quartiers et de faubourgs furent forcés de s’y installer. La population du ghetto atteindra 439 000 en juin 1941. Au début le territoire du ghetto occupait moins de 10% de la superficie de la ville, mais avec le temps, la surface se réduira encore. Le ghetto était isolé du reste de la ville par des barrières, des murs et des façades aveugles.

La rue Krochmalna se trouvait en dehors du périmètre du ghetto et l’orphelinat devait déménager. Korczak essaya de résister à cette décision, mais ce refus entraînera son emprisonnement. Il restera un mois en prison. Les enfants habitués à la grande maison confortable où chacun avait de la place, se retrouvèrent dans une grande et unique pièce, qu’on transformait la nuit en dortoir. Plus les mois passaient, plus la situation empirait. Pourtant pendant presque deux ans Janusz Korczak va se battre tous les jours pour nourrir les enfants et pour préserver leur dignité. On lui proposa de quitter le ghetto, mais seul, il refusa à chaque fois. Par exemple Igor Newely, son ami et collaborateur, réussit une fois à entrer dans le ghetto avec un laissez-passer pour deux personnes. Il assura Korczak que tout était prêt pour le cacher, des documents, un appartement sûr. Korczak lui jeta un regard plein de mépris où il lut cette interrogation : « Et toi, abandonnerais-tu ton enfant en danger ? » Ils n’évoquèrent plus jamais cette question. Quelques fillettes furent accueillies par l’orphelinat polonais « Notre maison ». Ces places libres furent vite occupées, car dans le ghetto il y avait de plus en plus d’orphelins.

Maryna Falska 1877-1944

Maryna Falska 1877-1944

Le soir, quand les enfants dormaient, il écrivait son Journal du ghetto, un témoignage essentiel. Comme les autres documents du ghetto, on peut le considérer comme une tentative consciente pour préserver l’histoire de la vie communautaire malgré les efforts des nazis pour éliminer définitivement les Juifs. Après la mort de Korczak, le manuscrit fut caché par Igor Newerly. Ensuite en 1943, après l’arrestation de Newerly, toute une chaîne œuvra au sauvetage du « Journal », surtout la femme de Newerly et Maryna Falska, la directrice de « Notre maison». Ce Journal fut édité pour la première fois en 1958.

Début juillet 1942 Korczak avec les autres éducateurs font jouer aux enfants la pièce de Rabindranath Tagore Amal, ou la lettre du roi. Il s’agit d’une grave et belle réflexion sur la mort d’un enfant. Le 22 juillet (le jour anniversaire de Korczak), les nazis commencèrent les déportations massives. Pendant huit semaines entre 6 000 et 8 000 personnes sont transportées quotidiennement vers Treblinka. Le 5 août 1942 Janusz Korczak, Stefania Wilczynska, plusieurs éducateurs et deux cents enfants effectuèrent leur dernière marche à travers les rues du ghetto vers l’Umschlagplatz.

Je me permets de citer le témoignage d’Irena Sendler (qui réussit à sauver 2500 enfants juifs) qui connaissait bien la Maison des Orphelins et toute son équipe pédagogique :

Irena Sendler« J’ai vu Korczak marcher avec les enfants, de l’orphelinat Dom Sierot vers leur mort ! Il était alors déjà très malade, mais il se tenait encore droit comme un «i», le visage impassible, apparemment maître de lui-même. Ouvrant ce tragique cortège, il portait le plus jeune enfant sur un bras et en tenait un autre par la main. Cette scène a été rapportée à maintes reprises, et chaque fois d’une manière différente, mais il n’y a pas nécessairement contradiction entre ces descriptions : n’oublions pas que la route qui menait de l’orphelinat à l’Umschlagsplatz était longue. Je les ai aperçus lorsqu’ils tournaient à l’angle de la rue Zelazna pour emprunter la rue Leszno. Les enfants étaient sur leur trente et un dans leurs beaux uniformes de toile bleue. Le cortège avançait quatre par quatre, avec entrain, en rythme et dignement vers l’Umschlagsplatz – vers le camp de la mort ! Comment était-ce possible ? »

Le 12 septembre 1942 à la fin de cette grande déportation, dans le ghetto de Varsovie restèrent moins de 70 000 personnes. Les Allemands ne réussirent plus à organiser des rafles aussi massives. La tentative suivante, entamée au début de l’année 1943 va pousser les rescapés du ghetto à se soulever.

Le 19 avril 1943 commence alors la plus grande et la plus longue révolte d’un ghetto en Europe. AS♦

Ada Shlaen* Ada Shlaen est professeur agrégée de russe, et a enseigné aux lycées La Bruyère et Sainte-Geneviève de Versailles.

[1] Bien plus tard, après la guerre, Igor Newerly deviendra un écrivain très populaire en Pologne.monument du ghetto2

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