« Israël-Palestine, quelles raisons d’espérer ? »

ajc-st-germain-invitation-conference-02-fevrier-2017Par Dov Fitoussi et Florence Taubmann

Poissy (Yvelines), 2 Février 2017.
« Israël-Palestine, quelles raisons d’espérer ? » est le thème inhabituel proposé par l’Amitié Judéo-Chrétienne de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), sur une initiative de la communauté protestante de Poissy, avec deux personnalités invitées, les époux Florence et Michel Taubmann.

Le pasteur Florence Taubmann est une habituée des AJC, puisqu’elle en était la précédente présidente nationale. Son époux, Michel Taubmann, écrivain et journaliste, est aujourd’hui éditorialiste politique sur la chaîne d’informations israélienne i24[1].

Rappel historique
Le but de cette conférence (voir ici) n’était pas seulement d’apporter le témoignage d’une chrétienne ayant vécu en Israël. Florence Taubmann a rappelé l’historique du sionisme, mouvement doté de trois dimensions : d’abord politique, puis, selon l’écrivain Léo Strauss qu’elle a cité, culturel et enfin religieux. Cette dimension religieuse a surgi avec plus de force depuis la guerre de 1967 et ses conséquences : ce que le droit international appelle « occupation » de la Cisjordanie alors que pour beaucoup de Juifs, il s’agit de la « libération » non seulement de la partie juive de la vieille ville de Jérusalem, qui leur était interdite par l’occupant jordanien, mais aussi des terres bibliques de Judée-Samarie qui constituent le berceau de leur peuple. La négation de l’existence même d’un lien entre le peuple juif et Jérusalem, portée par les Etats musulmans et entérinée récemment par une résolution de l’Unesco, ne peut que rendre insoluble le conflit.

ajcf-st-germainConflit israélo-palestinien : graines d’espoir
Des raisons d’espérer existent, quant à la fin de ce conflit. Florence Taubmann en donne trois éléments L’épuisement moral lié à la guerre, selon le professeur de sciences politiques Denis Charbit, est un courant puissant, des deux côtés pour arriver à une solution. Cet épuisement moral est sans doute le moteur du mouvement des femmes pour la paix qui ne cesse de prendre de l’ampleur et regroupe des femmes israéliennes et palestiniennes au-delà de tous les clivages nationaux, politiques et religieux.

  • La coopération économique qui s’approfondit augure bien d’un avenir commun entre les deux peuples. Elle est illustrée par des accords pour l’équipement des territoires en infrastructures telles que l’électricité, l’Internet 3G ,etc… Ainsi, l’accord sur l’eau signé en janvier 2017 entre l’Autorité palestinienne et Israël, garantit un approvisionnement durable et massif aux Palestiniens pour les vingt prochaines années. La pénurie d’eau est un problème pour les Palestiniens comme pour les Israéliens dont les sources sont moins importantes que dans d’autres pays de la région. Mais, contrairement à une propagande malveillante la situation dans ce domaine ne cesse de s’améliorer. En 1967, 4 communes seulement sur 700 en Cisjordanie étaient reliées à l’eau courante. Aujourd’hui quasiment aucun village ne manque d’eau potable.
  • Des expériences communes israélo-palestiniennes, comme celle du Rabbin Schlesinger et son « Friends of Roots».
Michel Taubmann

Michel Taubmann

Puis vint Michel Taubmann
Michel Taubmann (MT) rappela qu’il ne fallait jamais fermer les yeux devant la moindre atteinte aux droits de l’Homme et que la situation d’occupation qui prévaut depuis 1967 entraine des atteintes aux droits des Palestiniens dénoncés y compris par des associations humanitaires israéliennes et des tribunaux israéliens. Le témoignage de Michel Taubmann (MT) porta sur des considérations beaucoup plus contemporaines sur la vie de tous les jours entre juifs et arabes. Il rappela tout d’abord que soixante dix ans de conflit n’ont pas empêché juifs et arabes de trouver un modus vivendi.

Mais il souligna aussi que malgré le conflit avec les Palestiniens, Israël demeure globalement un îlot de paix, de prospérité et de démocratie dans une région ravagée par les guerres et les dictatures. Israël est surtout le seul pays du Proche-Orient où cohabitent harmonieusement juifs, chrétiens et musulmans.

MT rappela que depuis 1973, aucune guerre conventionnelle n’avait opposé Israël et ses voisins et que les gouvernements arabes n’envisageaient plus de « jeter les Juifs à la mer » même si la haine des Juifs et d’Israël atteignait des niveaux inégalés dans les opinions publiques soumises à la propagande des mouvements islamistes. Sur le terrain, le conflit israélo-palestinien avait considérablement perdu en intensité, et que durant les deux dernières années les attentats terroristes avaient causé moins de victimes qu’en France.

Des éléments précis furent portés à la connaissance d’un public pas toujours au fait des réalités israéliennes :

  • Israël est une démocratie dotée d’institutions qui fonctionnent ;
  • Les citoyens arabes d’Israël, chrétiens et musulmans, qui constituent 21% de la population sont représentés au Parlement, et possèdent l’égalité des droits avec les autres citoyens;
  • L’arabe est la deuxième langue officielle du pays et le prénom le plus souvent attribué en 2016 à un bébé israélien est celui de …..Mohammed.

i24-paul-amar

  • Il n’y a pas encore d’égalité totale Le revenu des Arabes est environ équivalent à 70% de celui des citoyens juifs. Mais les écarts se réduisent. Et les Arabes sont de plus en plus représentés à tous les niveaux : médecins, avocats, chefs d’entreprises. Le n°2 de la firme Apple, au niveau mondial, est un Israélien arabe, tout comme la « Miss Transgenre » israélienne, alors que le film sélectionné pour représenter Israël aux Oscars est en langue arabe. Symboliquement, c’est un membre arabe de la Cour suprême qui a envoyé en prison, pour sept ans, l’ ancien président Katsav, condamné pour viol.
  • L’armée est dotée de règles d’engagement strictes, et les soldats ne s’y conformant pas sont traduits en justice. MT a donné l’exemple du soldat Azaria qui a récemment été condamné pour avoir abattu un terroriste déjà neutralisé qui venait de tenter de poignarder d’autres soldats.
  • En réponse à une question du public, MT précisa que le droit au retour des réfugiés palestiniens dans un futur Etat palestinien serait tout à fait normal. Mais en revanche, demander le « droit au retour » de 5 millions de descendants de Palestiniens à l’intérieur d’Israël était une façon pour les dirigeants palestiniens de ne jamais signer d’accord de paix, ces réfugiés de 1948-49 étant maintenus pour des raisons politiques dans ce statut indigne par les Etats arabes. Michel Taubmann a expliqué que les descendants des Palestiniens devaient tirer un trait sur le passé au même titre que les descendants du million de Juifs contraints de quitter les pays musulmans depuis 1948.
  • Le mur de séparation en Cisjordanie fit également l’objet d’une question, et MT pointa le fait que ce mur avait été construit en réponse à l’intifada orchestrée par Yasser Arafat dans les semaines qui ont suivi la signature des accords d’Oslo, et qui se caractérisa par des attentats sanglants en Israël, essentiellement des autobus qui explosaient. La présence de ce mur a réduit considérablement le nombre d’attentats. Mais certains en Israël même soulignent que son efficacité est moindre que celle des services de sécurité palestiniens qui coopèrent avec Israël contre le terrorisme.
  • En réponse à la qualification des palestiniens de « résistants» MT expliqua que cette référence à la France occupée des années 1940-44 était totalement incongrue puisque les Palestiniens ont le droit de s’exprimer dans une presse libre, ont le droit de se réunir, de manifester, de saisir les tribunaux, autant de droits absolument absents de la France occupée par les nazis. Michel Taubmann, qui a écrit un livre et réalisé plusieurs documentaires sur la résistance antinazie insiste sur le fait que celle-ci ne s’est jamais attaquée à des civils y compris les familles d’officiers nazis stationnés en France.

Le lien à la terre
Comme le disait Florence Taubmann, beaucoup ne comprennent pas le lien qui unit les juifs à cette terre. Après tout, ne peut-on pas être juif n’importe où ? N’importe où probablement pas, mais vouloir connaître les juifs ne se résume pas à connaître leurs textes, leurs pratiques et leur rapport à la religion.

Florence Taubmann

Florence Taubmann

Conférence inhabituelle, donc. C’est tout à l’honneur de l’AJC de Saint Germain en Laye et de son président, Pascal Clicquot de Mentque, d’avoir osé sortir des sentiers battus de l’Amitié Judéo Chrétienne, et d’attaquer frontalement des questions indispensables à la connaissance mutuelle. DF&FT♦

[1] i24 est une chaîne émettant en trois langues : anglais, français, arabe. Elle est disponible en France auprès de Numéricable, Free, Orange, SFR et Bouygues. Tous les détails ici : http://www.i24news.tv/fr/canaux

 

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